Le cinéma norvégien avec Joachim Trier

La première fois que j’ai feuilleté le programme de Travelling Oslo je me suis rendue compte que passé les films de vikings je ne connaissais pas grand chose (voir absolument rien) du cinéma norvégien. C’est dire à quel point je partais de loin. C’est donc avec un peu appréhension que je me suis plongée corps et âme dans l’étude de la programmation et de toutes les bandes annonces qui passaient à ma portée.

 

1er constat : le cinéma norvégien est beaucoup plus vaste que je ne le pensais. Et encore, je ne parle même pas des films étrangers se déroulant en Norvége.

 

Le cas de Joachim Trier.

 

On dit souvent que le cinéma norvégien est mélancolique. Je ne sais pas si c’est vrai, mais concernant le cinéma norvégien dont j’ai eu un aperçu, notamment à travers les films de Joachim Trier, je dirais que c’est bien plus que ça. En visionnant Oslo, 31 août et Nouvelle donne j’ai effectivement ressenti un léger spleen mais également bien plus d’émotions, mélées les unes aux autres. Davantage que mélancolique je dirais que le cinéma de Joachim Trier est avant tout contemplatif. Les émotions sont au coeur du récit : pas d’effets de réalisation superflus, pas de dialogues inutiles, chaque mot et chaque action des personnages sont pensées pour servir l’émotion, servir l’histoire, sans avoir besoin d’en faire des caisses. Et ça fonctionne ! J’ai notamment été subjuguée par Anders Danielsen Lie dans Oslo, 31 août, qui avec un jeu d’acteur minimaliste parvient à littéralement crever l’écran.

Dans ses films Joachim Trier ne fait aucune concession. J’ai entendu les spectateurs à côté de moi dans la salle durant la projection d’Oslo, 31 août, trouver “dommage que le film soit si dur”. C’est au contraire ce qui m’a séduit : le réalisateur nous présente ses personnages de manière brute, tel qu’ils sont, sans fioriture scénaristique pour édulcorer la vérité. Joachim Trier va au fond des choses, sans juger ses personnages ou chercher à les changer : il réussi le tour de force de nous donner l’impression que son récit vit sa vie tout seul et qu’il n’en est que spectateur et non directeur.

 

Oslo, 31 août.

 

Oslo, 31 août nous plonge dans l’histoire d’Anders, jeune trentenaire en cure de désintoxication qui bénéficie d’une journée de permission pour passer un entretien d’embauche. On suit sa déambulation dans les rues d’Oslo : un voyage sur le fil entre souvenirs de jeunesse et espoir d’avenir. D’une lucidité foudroyante le film s’attarde sur le personnage d’Anders, qui bien qu’entouré déborde de solitude, un des thèmes de prédilection du réalisateur. Sans complaisance Joachim Trier offre à son personnage principal une journée probatoire où se pose la question, pour cet adulte qui refuse de grandir : la vie vaut-elle le coup ?

L’intelligence du scénario réside dans le fait de nous présenter des personnages à part entière : les différents protagonistes que va rencontrer Anders ne sont pas des faire-valoirs du héros, mais ont chacun leurs propres complexités.

Notons enfin que ce film, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2011 dans la catégorie “un certain regard”, est une libre adaptation du roman Le Feu Follet du français Pierre Drieu La Rochelle : cocorico !

 

Nouvelle Donne.

 

Depuis l’enfance, Erik et Phillip, unis par une profonde amitié, ont pour ambition de devenir écrivains. Alors que le manuscrit d’Erik est rejeté, celui de Phillip est publié et le jeune homme devient du jour au lendemain une figure de la scène culturelle norvégienne. Six mois plus tard, Erik et ses amis vont chercher Phillip à l’hôpital psychiatrique…

 

Là encore ce film a été une grande claque pour moi, peut être même plus qu’Oslo 31 août. J’ai vu ces deux films dans l’ordre dans lequel je vous en parle, mais Nouvelle Donne est en fait le premier film de Joachim Trier. Si Nouvelle Donne est également le récit d’un parcours initiatique vers l’âge adulte, que ce soit dans la réalisation (notamment au niveau de la lumière et des couleurs) ou dans le scénario lui-même, il m’a semblé davantage porteur d’espoir que son grand frère. Plus il affine sa réalisation, plus Joachim Trier se dirige vers des atmosphères de plus en plus sombres ?

 

En tout cas, comme je le disais ce film m’a vraiment bouleversé et se hisse dans le top10 de mes films favoris. Là encore la réalisation est à la fois très sobre et très pointue, et réussie à capter sans en faire trop le mal être qui suit l’adolescence. Car si le récit peut sembler à première vue chaotique avec ses nombreux ellipses et flash-back, c’est un leurre qui dissimule en réalité une histoire simple et universelle : trouver sa place dans le monde en tant qu’adulte. Et sans vous dévoiler la fin, moi qui en règle générale ait beaucoup de mal avec les fins ouvertes, celle-ci a réussi le tour de force de me séduire totalement !

Mention spéciale à la bande son très 80’s ainsi qu’aux images de Paris, bien sur toujours un peu clichées, mais qui présentent un charme certain.

 

Alors, qui a dit que le cinéma norvégien en valait pas le détour ? Certainement plus moi en tout cas.

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